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Journées du Patrimoine : six lieux une histoire, Bordeaux face à ses mémoires de l’esclavage

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine 2026, Mémoires & Partages invite les Bordelaises et les Bordelais à une expérience collective inédite : parcourir la ville pour regarder autrement et relier des monuments, musées et récits qu’ils portent encore en silence.

Le samedi 19 septembre 2026, nous relierons six lieux emblématiques du patrimoine bordelais. Trois institutions culturelles — le Musée d’Aquitaine, le Musée des Arts décoratifs et du Design et le CAPC Musée d’art contemporain — ont récemment choisi d’intégrer davantage à leur récit les liens qui unissent leur histoire à celle de l’esclavage colonial.

Cette reconnaissance constitue une avancée importante. Après des années de mobilisations citoyennes et de travail mémoriel, des institutions bordelaises commencent enfin à interroger les conditions de leur naissance, l’origine de certaines fortunes et les rapports entre leurs collections, leurs bâtiments et le commerce colonial. Cette évolution doit être saluée, mais elle doit également être approfondie et partagée avec le plus grand nombre.

Le parcours conduira aussi le public devant trois autres lieux emblématiques de Bordeaux. Nous avons choisi de ne pas les dévoiler à l’avance. Leur découverte fera partie intégrante de l’expérience. Ces bâtiments portent, eux aussi, des mémoires de la traite des Noirs, de l’esclavage colonial et de leurs héritages, mais leurs liens avec cette histoire demeurent insuffisamment mis en évidence dans l’espace public. Au fil de la marche, nous révélerons ce que leurs pierres racontent encore à voix basse.

En reliant ces six étapes, nous voulons faire apparaître une géographie mémorielle plus vaste, encore morcelée et trop souvent invisible.

Car une plaque, aussi nécessaire soit-elle, ne suffit pas à réparer des siècles de silence. Elle doit devenir le point de départ d’une conversation publique. Elle doit nous conduire à interroger les pierres, les noms, les façades et les institutions qui composent notre paysage quotidien. Une ville ne se réconcilie pas avec son histoire en effaçant les traces du passé, mais en les rendant visibles, intelligibles et partageables.

C’est tout le sens de cette marche intitulée « Les Musées hors les murs : Bordeaux, mémoires dévoilées ».

Nous ne pénétrerons pas dans les musées. Nous nous arrêterons devant leurs façades, car les bâtiments sont eux-mêmes des archives de pierre. Ils racontent la prospérité de Bordeaux, mais aussi les circulations coloniales, les violences économiques et humaines qui l’ont rendue possible, les résistances qui lui ont répondu et les cultures nouvelles qui ont surgi de ce grand bouleversement du monde.

Durant trois heures, historiens, chorégraphes, plasticiens, comédiens et lecteurs bordelais feront dialoguer connaissances, corps, textes et créations contemporaines. Des extraits d’Humeur noire d’Anne-Marie Garat accompagneront cette déambulation, afin que la littérature ouvre, elle aussi, des passages entre le passé et le présent.

Une partie du parcours s’effectuera en silence et en file unique, jusqu’au rassemblement devant la Bourse Maritime. Ce silence ne sera ni une absence ni un effacement. Il sera une présence : celle des femmes, des hommes et des enfants déportés, exploités et réduits en esclavage ; celle des résistances, des marronnages, des abolitions conquises et des héritages transmis malgré la violence coloniale.

Regarder en face l’histoire de la traite des Noirs et de l’esclavage, c’est mesurer l’ampleur du crime, mais aussi transmettre les cultures et les résistances qui lui ont survécu. La mémoire doit devenir une ressource vivante au service de notre émancipation collective. Cette marche n’est pas une simple visite patrimoniale : elle relie les lieux, les générations et les mémoires pour révéler une histoire bordelaise trop longtemps fragmentée ou passée sous silence.

Nous marcherons dans la dignité, sans repentance stérile ni nostalgie complaisante. Nous marcherons pour rendre hommage aux victimes, reconnaître les résistances et comprendre ce que cette histoire continue de produire dans notre société.

J’invite les familles, les jeunes, les artistes, les enseignants, les chercheurs et toutes les personnes attachées à l’histoire de Bordeaux à nous rejoindre. Ensemble, faisons sortir la mémoire des musées. Faisons-la circuler dans les rues. Faisons des lieux encore silencieux les nouvelles étapes d’un récit commun. Faisons de cette mémoire non pas un fardeau, mais une force d’émancipation, de justice et de fraternité.

Karfa Sira Diallo
Fondateur-directeur de Mémoires & Partages
Conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine

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