COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Bordeaux, le 1er septembre 2026
Mémoires & Partages salue la prise de position du Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale, qui a affirmé ce 30 aout 2026, que les États parties doivent mettre en œuvre des mesures réparatrices globales en faveur des personnes d’ascendance africaine victimes des conséquences durables de la traite transatlantique et de l’esclavage colonial.
Cette interprétation de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale constitue une avancée historique. Elle confirme ce que les descendants d’esclaves, les sociétés civiles et les mouvements pour la justice mémorielle portent depuis des décennies : la reconnaissance du crime ne peut rester symbolique. Elle doit désormais conduire à des politiques publiques de réparation.
La France, signataire de cette convention et ancienne puissance esclavagiste et coloniale, est directement concernée. Première nation à avoir reconnu, avec la loi Taubira de 2001, la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, elle doit aujourd’hui franchir une nouvelle étape : passer de la reconnaissance à la réparation.
Pour Mémoires & Partages, réparer ne signifie pas seulement indemniser. La réparation doit être globale : historique, éducative, culturelle, territoriale, sociale et économique. Elle suppose de rendre visibles les victimes et les résistances, de transmettre cette histoire dans toute sa complexité, d’interroger les patrimoines constitués grâce à l’esclavage et de combattre les discriminations contemporaines qui en prolongent les héritages.
« L’ONU nous rappelle une évidence longtemps repoussée : reconnaître le crime sans réparer ses conséquences, c’est laisser l’histoire inachevée. La réparation n’est ni une revanche ni une culpabilisation. Elle est un acte de justice, de transmission et de réconciliation. À Bordeaux, la création de la Maison Esclavages & Résistances doit devenir l’une des traductions concrètes de cet engagement. »
Karfa Diallo, fondateur-directeur de Mémoires & Partages
Bordeaux doit assumer une responsabilité particulière
Ancien grand port de la traite négrière française et ville profondément enrichie par le commerce colonial, Bordeaux ne peut demeurer à l’écart de ce tournant international.
Depuis près de trente ans, Mémoires & Partages agit pour faire connaître les liens entre la ville, la traite des êtres humains, l’esclavage colonial et les résistances à l’oppression. Les avancées obtenues — plaques explicatives, parcours mémoriels, reconnaissance progressive de cette histoire par les institutions culturelles — sont importantes, mais elles restent insuffisantes et dispersées.
Il manque toujours à Bordeaux un lieu permanent, vivant et accessible, capable de réunir histoire, mémoire, création, recherche, éducation populaire et réflexion sur les réparations.
La Maison Esclavages & Résistances : une réparation concrète
La future Maison Esclavages & Résistances doit devenir cet espace de référence. Elle permettra notamment :
- de documenter la participation de Bordeaux et de ses élites économiques à la traite et à l’esclavage colonial ;
- de transmettre l’histoire des personnes mises en esclavage, de leurs descendants et de leurs résistances ;
- de valoriser les mémoires africaines, caribéennes, américaines et de l’océan Indien ;
- d’accueillir chercheurs, artistes, scolaires, associations et citoyens ;
- d’organiser le dialogue sur les formes contemporaines de réparation ;
- de relier l’histoire esclavagiste aux combats actuels contre le racisme et les discriminations.
Mémoires & Partages appelle donc l’État, la Ville de Bordeaux, Bordeaux Métropole, la Région Nouvelle-Aquitaine et l’ensemble des institutions concernées à engager sans délai une concertation opérationnelle sur la création et le financement de cette Maison.
La déclaration du Comité des Nations unies ouvre un nouveau chapitre. Il appartient désormais aux pouvoirs publics français de ne pas le refermer par le silence ou l’inaction.
La mémoire a obtenu la reconnaissance. Elle exige désormais la justice et la réparation.


