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TRIBUNE – L’ONU DÉCLARE LA TRAITE DES AFRICAINS ET L’ESCLAVAGE RACIALISÉ COMME LE PLUS GRAVE CRIME CONTRE L’HUMANITÉ : LA FRANCE S’ABSTIENT !

A l’ONU, ce 25 mars 2026, une vérité ancienne a trouvé une formulation nouvelle. Une vérité que les militants et les peuples descendants des victimes de la traite et de l’esclavage n’ont jamais cessé de porter, parfois dans le silence, souvent dans la lutte : la traite des Africains et l’esclavage racialisé constituent le plus grave crime contre l’humanité.

Si la formulation est regrettable en ce qu’elle établit une hiérarchie dans les crimes contre l’humanité tels qu’établis à Nuremberg et confirmé par le Statut de Rome, restreignant la portée de la déclaration à une dimension symbolique, il reste que l’ONU appelle la communauté internationale à regarder en face une histoire parmi les plus violentes, les plus structurantes et les plus durables. Un appel à sortir du confort des commémorations pour entrer dans l’exigence des réparations.

Et la France ? Elle s’est abstenue.

Si le rôle pionnier de la loi Taubira est souvent vanté pas les autorités françaises, il reste que 25 ans après se posent des questions que l’abstention française semble vouloir taire. Si cette loi du 21 mai 2001, a marqué une avancée essentielle en reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, elle demeure insuffisante si elle ne s’accompagne pas d’une volonté politique à la hauteur des conséquences de cette histoire.

Car cette histoire n’est pas derrière nous.

Elle est dans les fractures sociales, dans les inégalités persistantes entre les territoires, dans les discriminations raciales, dans les relations économiques déséquilibrées entre le Nord et le Sud. Elle est dans les mémoires blessées et dans les silences imposés. Elle est dans ce racisme anti-noir qui continue, aujourd’hui encore, de structurer des destins.

La résolution adoptée à New York le dit clairement : les héritages de l’esclavage sont toujours actifs. Ils ont été insuffisamment reconnus. Et cette reconnaissance doit désormais conduire à des actes concrets.

Il ne s’agit pas se retourner sur le passé mais d’agir sur le présent et l’avenir. Il ne s’agit pas de culpabiliser. Il s’agit de responsabiliser.

Dans un contexte où, en Europe et en Amérique, des idéologies et politiques d’effacement de la mémoire progressent contestant l’histoire, la France ne peut se contenter d’une position de neutralité. Elle doit être à la hauteur de son héritage républicain.

Alors que la France peine encore faire sortir l’histoire de l’esclavage colonial des vitrines des musées pour l’inscrire dans le réel et en faire une mémoire vivante et politique, tournée vers la justice, la déclaration des Nations-Unies doit ouvrir un débat clair, courageux, inclusif sur la question des réparations.

À l’approche du 21 mai 2026, qui marquera les 25 ans de la loi Taubira, une occasion historique se présente. Celle de passer d’une mémoire reconnue à une mémoire réparée. Celle de faire de la France non plus seulement un pays pionnier dans les mots, mais un pays exemplaire dans les actes.

L’histoire nous regarde. Les générations à venir nous jugeront.

La question n’est plus de savoir si nous devons agir.

La question est : quand commencerons-nous ?

Karfa DIALLO

Fondateur-directeur de Mémoires & Partages

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