Née le 7 janvier 1918, à Bordeaux, Moune de Rivel, a porté la mémoire créole, l’âme des îles et l’histoire noire dans les temples de la chanson mondiale.
Décédée à Paris le 27 mars 2014, à l’âge vénérable de 96 ans, elle fut bien plus qu’une artiste : une passeuse de mémoire, une héritière et une éclaireuse.
Car c’est à Bordeaux, ville-monde marquée à la fois par le commerce atlantique, les héritages coloniaux et les présences noires invisibilisées, que naît Cécile Jean-Louis Baghio’o. Fille de parents guadeloupéens, Henri Jean-Louis Baghio’o et Fernande De Rivel, installés dans la région bordelaise dès 1895, Moune incarne dès sa naissance ce lien profond entre les Antilles et la métropole, entre l’histoire longue de la diaspora noire et celle des ports français.
À quinze ans à peine, la jeune Bordelaise monte sur scène au cabaret parisien de La Boule Blanche. Au piano, sa mère. Déjà, la transmission est là : transmission familiale, transmission culturelle, transmission d’un patrimoine créole trop souvent relégué aux marges. À la fin des années 1930, alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années, Moune de Rivel est une figure incontournable des cabarets parisiens – La Tomate, La Canne à Sucre, le Cabaret des Fleurs – lieux où s’inventait une autre France, métissée, nocturne, rebelle.
La Seconde Guerre mondiale à peine achevée, son destin bascule à l’échelle du monde. Repérée par un militaire américain, agent d’une maison de disques, elle signe un engagement à New York. Deux mois prévus, deux années vécues. Aux États-Unis, elle épouse le pianiste de jazz Ellis Larkins et inscrit sa voix créole dans le grand récit afro-atlantique, reliant Harlem aux Antilles, Paris aux Amériques noires.
Comédienne, Moune de Rivel prête aussi son talent au cinéma, apparaissant dans une dizaine de films aux côtés de Claudia Cardinale, Véronique Jeannot ou Alain Delon, sans jamais renoncer à ce qui la définit : la centralité de la culture noire et créole dans son œuvre.
À l’aube des indépendances africaines, son engagement prend une dimension politique et symbolique. En 1960, à la veille de l’indépendance de la Haute-Volta – devenue Burkina Faso en 1984 – elle est sollicitée pour participer à la composition de l’hymne national. Rare reconnaissance du rôle des artistes afro-descendants dans l’écriture des nations nouvelles.
Dans les années 1960, elle ouvre sur les Champs-Élysées le cabaret Le Perroquet du nid, espace de liberté et de création, et fonde une école de danses et de chants traditionnels destinée à révéler de jeunes talents antillais, guyanais et réunionnais. Là encore, Moune transmet, forme, élève – consciente que la survie des cultures noires passe par l’éducation et la scène.
Femme totale, elle est aussi amoureuse des mots et des couleurs. Elle publie plusieurs ouvrages, dont Kiroa, un livre de contes aux éditions Présence africaine, inscrivant son imaginaire dans la grande bibliothèque panafricaine. En 1997, la France la fait Chevalier des Arts et des Lettres.
Moune de Rivel demeure aujourd’hui une figure essentielle pour qui s’intéresse à l’histoire de Bordeaux, à la mémoire noire en France et aux circulations culturelles de l’Atlantique noir. Une femme debout, une voix libre, un trait d’union vivant entre les rives, les peuples et les siècles.
Karfa DIALLO



Une réponse
Belle et heureuse année à toute la famille de Mémoires et Partages qu’elle soit porteuse de bonne santé emplie d’amour de paix de joie de lumière de réussite ✨🙏🏾
Merci infiniment pour cette piqûre de rappel d’une immense importance.
Quelle grande Reine merci infiniment à Moune d’avoir été et d’être Amour vrai pour l’éternité ✨🫶🏾🙏🏾