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MUNICIPALES : QUAND 2 COMMUNES FRANCAISES DÉBAPTISENT LEUR RUE « NÈGRE »

Depuis la décision judiciaire prise dans « le procès de la négresse », deux communes françaises ont franchi le pas et décidé de décolonialiser leur espace public. Des décisions prises après un débat citoyen et une délibération municipale.

Dans plusieurs communes françaises, la question des noms de rues refait surface à mesure que la société interroge son héritage historique et le vocabulaire présent dans l’espace public.

C’est dans ce contexte que les municipalités d’Andilly-les-Marais, en Charente-Maritime, et de Bourg-sur-Gironde, en Gironde, ont récemment décidé de débaptiser des voies portant le nom « Le Nègre ».

Ces décisions, qui concernent des appellations issues d’anciens lieux-dits, s’inscrivent dans un débat plus large sur la manière dont les communes nomment leurs rues et ce que ces choix disent de l’histoire et des valeurs qu’elles souhaitent mettre en avant.

Hérités de l’histoire locale, des noms de rues de nombreuses communes rurales, dont l’origine n’est pas toujours clairement établie, proviennent d’anciens lieux-dits ou usages populaires, parfois attestés dans les cadastres depuis plusieurs siècles.

Mais si ces appellations ont longtemps été transmises sans susciter de débat, le sens des mots évolue. Aujourd’hui, le terme « nègre » est largement perçu comme péjoratif et racialisant dans le langage courant, ce qui explique que certaines collectivités choisissent d’en retirer l’usage dans la signalétique publique.

Les décisions prises à Andilly-les-Marais en mars 2025 (« Un lourd héritage qu’il convient de supprimer » : près de La Rochelle, Andilly-les-Marais veut en finir avec la rue Nègre – Le Parisien)

et à Bourg-sur-Gironde en janvier 2026 (« S’adapter » sans « renier le passé » : à Bourg-sur-Gironde, le panneau du lieu-dit « Au Nègre » va disparaître – ICI) interviennent alors que plusieurs villes françaises réexaminent leur toponymie.

La réflexion menée dans ces communes fait écho à une mobilisation plus large portée par l’association Mémoires et Partages. Depuis plusieurs années, celle-ci conduit la campagne #jaimalamarue, qui invite citoyens et collectivités à interroger les noms de rues liés à l’esclavage, au colonialisme ou à des termes jugés offensants.

Cette campagne encourage un travail d’enquête historique et de dialogue local afin de mieux comprendre l’origine de ces appellations et, lorsque cela semble nécessaire, d’envisager leur évolution.

Le précédent judiciaire de Biarritz donne une nouvelle dimension à ce débat. En 2025, la cour administrative d’appel a jugé que l’appellation officielle de ce quartier devait être retirée des documents municipaux, estimant que ce nom portait atteinte à la dignité des personnes.

Cette décision judiciaire, obtenue à la suite d’une procédure engagée par Mémoires et Partages, a marqué un tournant. Elle a montré que la question des noms de lieux pouvait désormais être examinée non seulement dans le débat public, mais aussi devant les tribunaux, au regard des principes de respect de la dignité et de lutte contre les discriminations.

À l’approche des élections municipales, ces questions prennent une dimension particulière. Les choix en matière de toponymie deviennent parfois des sujets de débat local, révélant la manière dont les communes souhaitent articuler mémoire historique et valeurs contemporaines.

Pour les élus comme pour les habitants, il s’agit souvent de trouver un équilibre : préserver la trace du passé tout en veillant à ce que l’espace public n’entretienne pas des termes ou représentations susceptibles d’être perçus comme discriminatoires.

Les décisions prises à Andilly-les-Marais et à Bourg-sur-Gironde illustrent ainsi une évolution plus large : celle d’une société qui interroge son héritage et la façon dont les noms des lieux racontent, eux aussi, l’histoire collective.

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