LETTRE OUVERTE – Débaptiser le racisme sur les murs des villes de France LETTRE OUVERTE – Débaptiser le racisme sur les murs des villes de France

MUNICIPALES – Au président de la République et aux candidat-e-s à Bordeaux, Biarritz, La Rochelle, le Havre et Marseille.

« Dans la photographie des droits humains à l’échelle planétaire, au-delà du beau rôle que l’Europe a toujours voulu se donner, la géographie française offre un visage défiguré par des rues, des places et des monuments à la gloire de figures d’une œuvre coloniale, esclavagiste et raciste que l’Etat est toujours incapable de qualifier et de réparer à sa juste mesure. « 

A Monsieur Emmanuel MACRON

Président de la République

Aux candidats aux élections municipales

Bordeaux, Biarritz, La Rochelle, Le Havre et Marseille

OBJET – DÉBAPTISER LE RACISME SUR LES MURS DE FRANCE

Monsieur le président de la République,

Mesdames, Messieurs les candidat-e-s aux municipales,

La colère légitime et le mouvement d’exaspération, devant la persistance du racisme et son caractère meurtrier qui nous a ravi George Floyd, un homme à la fleur de l’âge, obligent les décideurs politiques à la responsabilité.

Au racisme politique incarné depuis des décennies par des partis d’extrême droite, s’ajoute un racisme dans la police qu’attestent de plus en plus même les organes gouvernementaux.

Un autre racisme gangrène nos sociétés dans l’indifférence c’est celui sur l’architecture urbaine et sur les murs de nos villes. Celui de l’honneur rendu à des personnes coupables d’un crime contre l’humanité fondé par et sur le racisme anti-Noir-e.

Jamais leur instantanéité et omniprésence voire intrusion et violence n’ont été aussi manifestes et aussi écœurantes qu’aujourd’hui.

De Fort de France à Biarritz la négresse, en passant par Bordeaux, La Rochelle et le Havre, une jeunesse internationaliste comprend ce que le meurtre de George Floyd lui renvoie et se met à l’unisson pour dire stop à ce que signifient ces discriminations intersectionnelles, ces humiliations quotidiennes et à ciel ouvert. Et il y a de quoi.

La gravité du moment, sa soudaineté, n’autorise pas qu’on se gargarise de mots. L’essentiel étant, une fois n’est pas coutume, que le monde se trouve aligné derrière une revendication portée non seulement par les Noir-e-s mais par tous les peuples, les minorités et migrant-e-s, déshérité-e-s, qui ont vécu, vivent depuis la nuit des temps, dans leur chair, les effets du racisme.

Si la répugnance face au cancer du racisme explose aujourd’hui dans la répudiation de la violence policière et de l’impunité des agents de la force publique, c’est que sa banalisation au fil des siècles n’a cessé de prendre les formes d’une complaisance institutionnelle face aux symboles et traces urbaines d’une histoire dont la répétition tragique n’est une farce que pour ceux qui sont inconscient-e-s de leurs privilèges.

Dans la photographie des droits humains à l’échelle planétaire, au-delà du beau rôle que l’Europe a toujours voulu se donner, la géographie française offre un visage défiguré par des rues, des places et des monuments à la gloire de figures d’une œuvre coloniale, esclavagiste et raciste que l’Etat est toujours incapable de qualifier et de réparer à sa juste mesure.

Ces trahisons des principes d’égalité et de justice, ces omissions volontaires, sont vécues par ceux qui cumulent les tares qui traversent nos sociétés (racisme, chômage, drogue, terrorisme, inégalités, injustices) comme un abandon de la République.

Le magistère moral et politique des municipalités qui arborent ces signes ostentatoires du racisme, ainsi vidé de son essence républicaine, s’effiloche devant la résurgence des mensonges longtemps cachés ou invisibilisés qui ne trompent plus personne.

La cécité élitiste et l’arrogance municipale qui ne veut pas répondre à cette demande abiment l’ambition républicaine et est le signe indubitable du vacillement de la réflexion et de l’action politiques antiraciste en France, incapables même de se rendre compte du degré abyssal de perte de leur autorité et de leur attractivité.

Les germes de la haine ainsi semés, car non réfléchis et sciemment ignorés, prospèrent et d’explosion en explosion augurent et alimentent des tensions sociales et politiques amplifiées par un ordre économique de plus en plus violent pour les populations défavorisées.

La signalétique urbaine constitue, en effet, un enjeu majeur de réparation des séquelles du racisme dans les sociétés occidentales. Les dérobades des élu-e-s républicains, très souvent sous la pression de l’extrême droite, sont ressenties comme une incapacité à admettre que le racisme est un crime et qu’en laisser une trace glorificatrice des commanditaires et exécutants, fussent t’ils des notables, est une offense aux victimes et aux valeurs républicaines.

Il urge de débaptiser, ou tout au moins d’expliquer et de contextualiser, la centaine de rues, places, quartiers et monuments qui en France violent les principes républicains et nourrissent la bête immonde du racisme.

Ce travail sur la signalétique urbaine est une nécessaire œuvre de justice et de réparation, indispensable pour entendre la colère antiraciste, combattre les discriminations, l’impunité de ceux qui privent de leur dignité d’autres hommes et assurer l’égalité réelle.

En espérant une suite favorable, je vous prie de recevoir l’expression de notre considération républicaine.

Karfa DIALLO

Fondateur-Directeur de Mémoires & Partages

Bordeaux, 5 juin 2020

Patrick Carl

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