Mouvement d’éducation populaire à la mémoire partagée depuis 1998

BORDEAUX – BAYONNE – DAKAR – LA ROCHELLE – LE HAVRE – PARIS

BROCA – Messieurs les présidents de Région et d’Université, débaptisez l’Institut Broca !

Inauguré récemment, cet institut sur le cerveau honore l’un des pionniers des thèses racistes et sexistes en France. A l’heure où émerge une nouvelle conscience planétaire antiraciste, anticolonialiste et antisexiste portant sur les symboles de l’histoire coloniale, un choix qui laisse interrogatif.

Messieurs les présidents de la Région Nouvelle-Aquitaine et de l’Université de Bordeaux,

Vous avez financé la construction et inauguré le Centre Broca, nouveau centre bordelais de recherche sur les Maladies Neurodégénératives.

Depuis 1998, l’association internationale Mémoires & Partages fait un travail de mémoire sur la signalétique urbaine liée au racisme en France. Dans une région, tête de pont de l’entreprise coloniale française, qui, de La Rochelle à Bayonne, en passant par Bordeaux, a profité de l’esclavage et du racisme à l’endroit des noirs et de leurs descendants.

A l’heure où émerge une nouvelle conscience planétaire antiraciste, le choix de dénommer votre institut Broca ne peut que choquer de nombreux citoyens.

Bordelais, né à Sainte-Foy-la-Grande en 1824 et mort en 1880, Paul Broca est un scientifique dont les travaux de neuroanatomie ont contribué à une meilleure compréhension du système limbique et du rhinencéphale.

Mais c’est surtout son soutien manifeste et son alimentation scientifique des thèses racistes et sexistes qui font que l’hommage rendu à cette personnalité interroge.

En effet, Broca a défendu les thèses justifiant la domination raciale, coloniale et sexiste en annonçant que la craniologie est en mesure de fournir des données précieuses sur la valeur intellectuelle des races humaines.

Doutant de la capacité des peuples « primitifs » à évoluer et à acquérir la civilisation, considérant que les aptitudes intellectuelles sont héréditaires et spécifiques à chaque prétendue race, il constate que la perfectibilité est très inégalement répartie parmi les prétendues races humaines. Le docteur Paul Broca enfonce le clou en établissant des relations entre l’anatomie du crâne et du cerveau et les capacités mentales et l’intelligence et entreprit de mesurer la capacité des crânes humains à l’appui de son idée selon laquelle la petitesse du cerveau constitue un caractère d’infériorité caractéristique des peuples primitifs. « On a vu que la capacité crânienne des noirs de l’Afrique occidentale (1 372,12 cm3) est inférieure d’environ 100 cm3 à celle des races d’Europe. » (1)

Les idéologies sexistes ne le laissent pas non plus indifférent comme le démontre cette hypothèse : « la petitesse relative du cerveau de la femme [dépendait] à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuelle. » (2)

Voici, donc, l’homme par lequel vous avez choisi d’honorer votre nouvel institut de maladies.

Si, les honneurs qui lui avaient été rendus, auparavant, l’avaient été à une période d’ignorance et de mépris des questions sociales liées au racisme, cette nouvelle dénomination contemporaine aux combats contre les discriminations ne choque-t-elle pas la conscience d’un pays traversé par une crise identitaire sans précédent ?

La France serait-elle à ce point dépourvue de scientifiques n’ayant pas trempé dans l’immonde pensée raciste et sexiste entre le 18e et le 19e siècle pour qu’on soit obligé d’honorer une énième fois Paul Broca ?

Comment une région comme la nôtre, largement déficitaire dans son investissement mémoriel pour une juste mémoire de l’esclavage et du racisme, peut-elle rester indifférente à un tel affichage qui pourrait venir nourrir le révisionnisme ambiant ?

Il ne s’agit nullement pour nous, ni de jeter l’opprobre sur les remarquables chercheurs dont l’utilité est vitale, ni sur votre engagement résolu contre le racisme et pour l’égalité mais plutôt d’alerter sur un malaise pour engager un travail de réparation et de mémoire apaisés, loin de toute repentance, en vue de redonner plus d’intégrité à la signalétique de nos institutions.

Dans cette perspective, nous serions honorés de vous rencontrer afin de vous présenter nos propositions.

En espérant une suite favorable recevez toute ma considération.

Karfa Diallo

Fondateur-Directeur

centre-broca-nouvelle-aquitaine

C’est au hasard d’une visite-guidée du Bordeaux Nègre, qu’un visiteur m’informe de l’inauguration de cet institut. Nous étions sur la 4ème étape du parcours « Quartiers de sucre », exactement à l’intersection entre la rue Broca et de la rue David Gradis (près de la place de la Victoire).

Cette étape nous permet souvent d’expliquer notre position modérée sur les vestiges de l’histoire coloniale, mettant en avant la pédagogie et un dispositif critique à la place de l’idée de débaptiser ces lieux témoins de l’histoire violente de l’esclavage, du racisme et de la colonisation.

Il faut dire que Paul Broca est très honoré en France et à Bordeaux. A l’Université de Bordeaux II, prés de la place de la Victoire, un amphithéâtre porte d’ailleurs son nom et régulièrement des associations étudiantes montent au créneau pour dénoncer cette présence. A Paris existe aussi un centre Broca dans le 13e arrondissement.

L’intersection avec la rue David Gradis est elle aussi lourde de sens tant ce notable bordelais incarne l’armement de bateaux négriers tout autant que la possession de plantations esclavagistes aux Antillles.

Mais revenons à Paul Broca. Bordelais, né à Sainte-Foy-la-Grande en 1824 et mort en 1880, Paul Broca est un neuroscientifique « mondialement reconnu » dont les travaux de neuroanatomie ont contribué à une meilleure compréhension du système limbique et du rhinencéphale. Fondateur de l’École d’anthropologie de Paris, sénateur à vie et membre de l’Académie de médecine il a découvert « l’aire Broca » : la position du centre de la parole dans le cerveau.

Mais c’est surtout son soutien manifeste et son alimentation scientifique des thèses racistes et sexistes qui font que l’hommage rendu à cette personnalité interroge. En effet, Broca a défendu les thèses justifiant la domination raciale, coloniale et sexiste en annonçant que la craniologie est en mesure de fournir des données précieuses sur la valeur intellectuelle des races humaines.

Doutant de la capacité des peuples primitifs à évoluer et à acquérir la civilisation, considérant que les aptitudes intellectuelles sont héréditaires et spécifiques à chaque prétendue race, il constate que la perfectibilité est très inégalement répartie parmi les prétendues races humaines. Le docteur Paul Broca enfonce le clou en établissant des relations entre l’anatomie du crâne et du cerveau et les capacités mentales et l’intelligence et entreprit de mesurer la capacité des crânes humains à l’appui de son idée selon laquelle la petitesse du cerveau constitue un caractère d’infériorité caractéristique des peuples primitifs.

« On a vu que la capacité crânienne des noirs de l’Afrique occidentale (1 372,12 cm3) est inférieure d’environ 100 cm3 à celle des races d’Europe. » (1)

Les idéologies sexistes ne le laissent pas non plus indifférent comme le démontre cette hypothèse : « la petitesse relative du cerveau de la femme [dépendait] à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuelle. » (2)

« On s’est demandé si la petitesse du cerveau de la femme ne dépendait pas exclusivement de la petitesse du corps. Pourtant, il ne faut pas perdre de vue que la femme est en moyenne un peu moins intelligente que l’homme. Il est donc permis de supposer que la petitesse relative du cerveau de la femme dépend à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuelle. » (3)

Voici, donc, l’homme dont les scientifiques bordelais ont affublé de leur nouvel institut de recherche des maladies Neurodégénératives https://www.imn-bordeaux.org/actualites/inauguration-du-centre-broca-nouvelle-aquitaine/

Si, les honneurs qui lui avaient été rendus, auparavant, l’avaient été à une période d’ignorance et de mépris des questions sociales liées au racisme, cette nouvelle dénomination contemporaine aux combats contre les discriminations ne choque-t-elle pas la conscience d’un pays traversé par une crise identitaire sans précédent ?

La France serait-elle à ce point dépourvue de scientifiques n’ayant pas trempé dans l’immonde pensée raciste et sexiste entre le 18e et le 19e siècle pour qu’on soit obligé d’honorer une énième fois Paul Broca ?

Comment une ville comme Bordeaux, largement déficitaire dans son investissement mémoriel pour une juste mémoire de l’esclavage et du racisme, peut-elle rester indifférente à un tel affichage qui pourrait venir nourrir le révisionnisme ambiant ?

MÉMOIRES & PARTAGES va interpeller, par courrier, les autorités universitaires et politiques afin de les sensibiliser sur l’émoi que cette nouvelle dénomination provoque dans l’opinion.

Karfa Sira DIALLO

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1- LE CENTRE BROCA en chiffres c’est 4 ans de travaux, 47 M€ pour la construction, 20 M€ pour les nouveaux équipements, 240 scientifiques, 2  instituts :  l’Institut  interdisciplinaire de neurosciences (IINS) et l’Institut des maladies neurodégénératives (IMN), 29   microscopes   à   ultra-haute   résolution   du   Bordeaux Imaging Center (BIC), et 4  tutelles  scientifiques  :  université  de  Bordeaux,  CNRS, Inserm, Inra

Broca, « Sur les crânes de la caverne de l’homme-mort », Revue d’Anthropologie2, 1873, p. 1-53, cité par S. J. Gould, La Mal-mesure de l’homme, p. 97.

« Mémoires d’Anthropologie, Reinwald & cie editions /RIII p.567) «Sur le volume et la forme du cerveau suivant les individus et suivant les races [archive] »,  15, Extrait du t. II des Bulletins de la Société d’anthropologie, séances du 21 mars et du 2 mai 1861

Paul Broca, « Sur le volume et la forme du cerveau suivant les individus et suivant les races», Bulletin de la Société d’anthropologie,‎ 1861,  2

PAGE FACEBOOK DE L’INSTITUThttps://www.facebook.com/pages/Centre-Broca-Nouvelle-Aquitaine/1773777246262982

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